Interview de Marc-Eric Bobillier Chaumon

6 janvier 2023

Cnam Entreprises propose de nombreuses formations dans le domaine de la psychologie du travail qui, depuis plusieurs années, occupe une place importante au sein des entreprises. Marc-Eric Bobillier Chaumon, professeur titulaire de la chaire de Psychologie du Travail au Cnam et responsable national du diplôme de psychologue du travail au Conservatoire National des Arts et Métiers, répond à nos questions sur ce sujet.

Avec la crise sanitaire, la question de la santé mentale au travail s’est trouvée au cœur des débats RH et de nombreuses entreprises se sont désormais engagées dans une démarche de qualité concernant la vie au travail (QVT). Les modes de travail ont évolué, et de nombreux employés ont ressenti le besoin de mettre plus de sens dans leur travail au quotidien. Suite à ces changements, le concept de la QVT a été remplacé par la Qualité de Vie et Conditions de Travail (QVCT). Pour en savoir plus, Marc-Eric Bobillier Chaumon répond à nos questions.

Cnam Entreprises : Quand et comment le concept de QVCT est-il apparu ?

Marc-Eric Bobillier Chaumon : L'intérêt pour "la qualité de vie et les conditions de travail » (QVCT) résulte de l'Accord National Interprofessionnel (accord ANI du 9/12/2020) qui vise une prévention renforcée et une offre renouvelée en matière de santé au travail et conditions de travail. Cet accord pose les bases d’une démarche commune entre les organisations professionnelles d’employeurs et les organisations syndicales et représentatives des salariés pour renforcer la prévention en santé au travail. Il s’agit notamment de mettre la prévention primaire au cœur du système de santé au travail.

C.E : Comment définissez-vous la QVCT ?

Marc-Eric BC : En clair, l'approche intégrative en QVCT vise à intervenir autant sur l’organisation et le contenu/la qualité de travail que sur les conditions de sa réalisation. Elle s’emploie au renforcement des collectifs de travail ainsi qu’au développement de leur pouvoir d’agir. Elle s’efforce de mettre en place un dialogue professionnel constructif et réflexif entre les différentes instances et acteurs de l’entreprise. Elle opère également sur les dynamiques socioprofessionnelles qui structurent l’engagement des salariés et leur rapport au travail : que cela soit sur les pratiques managériales, les nouvelles modalités et les formes de travail (hybrides, distancielles, dématérialisées, nomades, spatiales…), l'articulation vie au travail/hors travail, mais aussi le maintien dans l’emploi, les trajectoires professionnelles ainsi que la conduite des transformations sociotechniques (digitales et spatiales).

C.E : Quelles sont les différences majeures entre la QVCT & la QVT ?

Marc-Eric BC : La notion de qualité de vie au travail (QVT) est un terme qui malheureusement a été trop souvent galvaudé dans l'usage qu'en ont fait les organisations. Dans une perspective hygiéniste, elle s'apparente en effet à la prise en charge physique, voire spirituelle du salarié pour les aider à « se ressourcer et à refaire le plein d’énergie », comme en témoigne le plan "WorkingWell" mis en place par Amazon dans ses usines. Des mesures cosmétiques de développement personnel et physique sont ainsi dispensées dans cette perspective : comme les séances de sophrologie, de méditation, d'étirement, de massage ou de yoga, de conseils nutritionnels ou de gestion de sa vie personnelle ou encore des outils de mesure de l'épanouissement (happy-tech) ... Cette approche hygiéniste est une façon pour l'organisation de faire porter sur l'individu la responsabilité (mais aussi l'échec) de son propre bien-être au travail. On lui procure les moyens pour prendre soin de lui afin de tenir au travail et d'y être plus efficace et investi. Mais ce faisant, on évacue les vrais problèmes que pose le travail ; à savoir ses conditions d'exécution et d'organisation qui sont les véritables sources d'intensification et qui empêchent la réalisation d'un travail de qualité.

Aussi, je dirais que la "vraie" QVT (à savoir la QVCT), c'est celle qui permet à l'individu de prendre soin de son travail pour qu'il puisse faire un travail soigné, de qualité, dans lequel il se reconnaît et par lequel il est reconnu.

Plus précisément, la QVCT :

  • C'est fournir aux professionnels les moyens et les ressources appropriés pour ''bien faire'' leur activité.
  • C'est aussi leur permettre de s'exprimer sur ces modalités de travail : dire ce qui ne va pas, ce qui ne fonctionne plus et ce qui pourrait être amélioré.
  • C'est enfin et surtout leur donner la possibilité de participer à la co-conception de leurs conditions de travail dans le cadre d'un dialogue professionnel et social.

C.E : Quels sont les principaux enjeux de la QVCT dans les entreprises ?

Marc-Eric BC : Ce que demandent les salariés, c’est d’être associés à la conception de leur travail pour faire du bon travail, et non d’être soutenus moralement ou assistés psychologiquement. Aussi, mettre en place en place une réelle démarche d’amélioration de la QVCT, c’est déployer les conditions d'un travail soutenable propice à l'engagement des salariés et à leur bien-être, à la santé au/du travail, ainsi qu'à l'efficacité et la performance organisationnelle.

Vous souhaitez approfondir vos connaissances en psychologie du travail ?

N’hésitez pas à consulter l’ensemble de notre offre de formations dans ce domaine :

https://www.cnam-entreprises.fr/catalogue-de-formations/psychologie-du-travail/